Faire sécher ses plantes : là où tout se gagne ou se perd
Une belle cueillette mal séchée ne vaut rien. Voici comment je procède à l'atelier, et les quatre erreurs qui ruinent une récolte.
On me demande souvent comment reconnaître une bonne plante sèche. Ma réponse tient en deux mots : la couleur et l’odeur. Et ces deux choses se jouent presque entièrement au séchage, pas à la cueillette.
Une camomille qui a gardé son jaune vif et son parfum de pomme a été bien séchée. Une camomille brunâtre qui ne sent plus rien a été cueillie au même endroit, le même jour, et abîmée dans les quarante-huit heures qui ont suivi.
Les quatre ennemis
Ce sont toujours les mêmes, et ils agissent vite.
Le soleil direct. Il détruit les composés aromatiques et fait virer les couleurs. C’est l’erreur numéro un : on étale sa cueillette sur une table dehors « pour que ça sèche plus vite ». En deux heures, c’est perdu.
L’humidité. Une plante qui sèche trop lentement fermente, et la moisissure s’installe au cœur du bouquet sans qu’on la voie de l’extérieur.
La chaleur forte. Au-delà de 40 °C, on ne sèche plus, on cuit. Le four, même entrouvert, est presque toujours trop chaud.
L’épaisseur. Une grosse brassée ne sèche pas : elle chauffe de l’intérieur. C’est l’erreur la plus fréquente après le soleil.
Comment je m’y prends
Le tri, tout de suite
Dès le retour, j’enlève ce qui est abîmé, jauni, mangé. Une feuille malade contamine le reste du bouquet. Et je ne lave pas : l’eau est exactement ce qu’on cherche à retirer. Si la plante est vraiment sale, c’est qu’elle a été cueillie au mauvais endroit.
En bouquets, ou à plat
Les tiges longues — thym, romarin, mélisse, menthe — partent en petits bouquets suspendus tête en bas. Petits, j’insiste : la taille d’un poing, pas davantage. Attachés lâche, parce que les tiges rétrécissent en séchant et que la ficelle finit par ne plus rien tenir.
Les fleurs fragiles et les feuilles isolées sèchent à plat, sur une claie ou une moustiquaire tendue, en une seule couche. L’air doit circuler des deux côtés.
L’endroit
Ombre complète, air qui bouge, pas d’odeurs parasites. Chez moi c’est une pièce à l’étage, volets mi-clos, fenêtre entrebâillée. Ni la cuisine — les odeurs de cuisson s’accrochent — ni la salle de bains, ni la cave.
Le temps
Trois à dix jours selon la plante et la saison. Les fleurs vont vite, les tiges charnues prennent leur temps. En Provence, l’air sec de l’été aide beaucoup ; les récoltes de fin d’automne sont plus délicates.
Après le séchage
C’est là qu’on jette encore beaucoup de récoltes.
L’effeuillage se fait à la main, au-dessus d’un grand plateau. On garde les feuilles et les sommités, on écarte les grosses tiges ligneuses qui ne donnent rien en infusion et qui prennent toute la place dans le sachet.
Le bocal doit être opaque ou rangé dans le noir, et parfaitement sec. Je remplis, j’étiquette — nom, provenance, date de récolte — et je referme.
Et surtout : je regarde le bocal une semaine plus tard. S’il y a de la buée sur les parois, c’est qu’il restait de l’humidité. On ressort tout, on laisse sécher encore, on recommence. C’est le seul moyen d’éviter la mauvaise surprise trois mois après.
Combien de temps ça se garde
Environ un an pour les feuilles et les fleurs, deux à trois ans pour les racines et les écorces. Ce ne sont pas des dates de péremption : une plante trop vieille ne devient pas dangereuse, elle devient fade.
Le test reste le nez. Si en ouvrant le bocal vous ne sentez plus grand-chose, la plante a fait son temps. Elle finira très bien dans un bain ou au compost.
Pourquoi je n’achète pas n’importe où
Tout ce que je viens de décrire, un producteur le fait aussi — ou ne le fait pas. La différence ne se voit pas sur une étiquette, mais elle se voit dans le bocal : la couleur, le parfum, la proportion de tiges.
C’est la raison pour laquelle je travaille avec un petit nombre de producteurs français dont je connais le travail, et pourquoi je récolte moi-même une partie de ce que j’utilise. Vous pouvez juger sur pièce : mes plantes sont dans la boutique, et je les fais volontiers sentir à l’atelier.
Pour la cueillette elle-même et les règles à respecter en Provence, j’ai écrit cet article sur les plantes de la garrigue.
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