Comprendre les plantes

Les plantes du sommeil : ce que je mets vraiment dans une tisane du soir

Le tilleul et la camomille ne sont que la porte d'entrée. Selon la façon dont vous dormez mal, les plantes ne sont pas les mêmes.

Par Christine Lorenzini-Le Bel, herboriste à Rognac Publié le 4 min de lecture
Tasse fumante et plantes séchées devant un feu de cheminée

« Vous auriez quelque chose pour dormir ? » C’est, de loin, la demande numéro un à l’atelier. Et ma première réponse est toujours une question : vous dormez mal comment ?

Parce que ne pas s’endormir, se réveiller à trois heures, ou dormir huit heures et se lever épuisé, ce sont trois problèmes différents. Leur donner la même tisane n’a pas grand sens.

Vous n’arrivez pas à vous endormir

Vous êtes au lit, le corps est fatigué, mais la tête continue. Vous repassez la journée, vous préparez demain, vous vous agacez de ne pas dormir — ce qui vous réveille davantage.

Les plantes traditionnellement associées à ce moment-là sont celles de la détente :

Vous vous réveillez au milieu de la nuit

C’est le profil le plus fréquent après 45 ans. On s’endort sans difficulté, et on se retrouve parfaitement réveillé entre trois et cinq heures du matin.

Ici, je regarde plutôt du côté de la valériane et de l’escholtzia (le pavot de Californie), toutes deux traditionnellement employées pour le maintien du sommeil plutôt que pour l’endormissement.

Deux choses à savoir sur la valériane. D’abord, elle sent très mauvais — une odeur de vieille chaussette, il faut être prévenu. Ensuite, elle a un effet paradoxal chez une petite minorité de gens, qu’elle réveille au lieu de les apaiser. Si c’est votre cas, arrêtez : ça ne s’arrangera pas avec le temps.

Vous dormez, mais vous vous réveillez épuisé

Là, franchement, la tisane n’est pas le sujet.

Un sommeil de durée normale qui ne repose pas doit faire penser à autre chose : apnées du sommeil, syndrome des jambes sans repos, thyroïde, carence en fer, dépression. Ce sont des choses qui se cherchent et qui se traitent, et aucune plante ne les corrigera.

Je le dis à chaque fois, et parfois ça agace : allez voir votre médecin. Une tisane par-dessus un problème non identifié, c’est du temps perdu.

Les interactions à connaîtreSi vous prenez déjà un somnifère, un anxiolytique ou un antidépresseur, n’ajoutez pas de plantes sédatives sans en parler. Les effets s’additionnent, et le lendemain matin peut être compliqué. Le millepertuis, en particulier, interagit avec de très nombreux médicaments — dont la pilule contraceptive. Je ne le conseille jamais sans avoir la liste complète de ce que vous prenez.

Comment je compose une tisane du soir

Rarement plus de quatre ou cinq plantes. Au-delà, chacune est à dose trop faible pour peser, et le mélange devient décoratif.

Je construis en général autour de trois rôles : une plante principale choisie selon votre profil, une ou deux plantes de soutien, et une plante de goût — parce qu’une tisane qu’on n’aime pas est une tisane qu’on ne boit pas. Un peu de verveine odorante ou de fleur d’oranger change complètement l’expérience.

Le moment compte autant que le contenu

Buvez-la une heure avant le coucher, pas au moment d’éteindre. Une grande tasse juste avant de dormir garantit un réveil à deux heures pour aller aux toilettes, ce qui est assez contre-productif.

Et le rituel fait une bonne moitié du travail : préparer sa tisane, s’asseoir, éteindre les écrans le temps de la boire. Ce sont vingt minutes qui disent au corps que la journée est finie. Beaucoup de gens me racontent que ce moment leur a fait plus de bien que la composition elle-même. Je veux bien le croire.

Ce que les plantes ne font pas

Elles n’assomment pas. Si vous attendez l’effet d’un somnifère, vous serez déçu — et c’est plutôt une bonne nouvelle, parce qu’un sommeil chimique n’a pas la même qualité réparatrice.

Elles ne compensent pas non plus une hygiène de sommeil défaillante. Un écran à minuit, un café à seize heures, une chambre à 22 degrés : aucune tisane ne rattrapera ça.

Et elles ne traitent pas une insomnie chronique installée depuis des années. Dans ce cas, la thérapie comportementale du sommeil a fait ses preuves, bien davantage que tout ce que je pourrais composer.

Si vous voulez qu’on regarde ensemble

En consultation, je prends le temps de comprendre comment vous dormez mal, depuis quand, ce qui a changé dans votre vie à ce moment-là, et ce que vous prenez par ailleurs. C’est seulement après que je compose.

Vous trouverez le déroulé d’un rendez-vous sur ma page phytothérapie, mes mélanges déjà composés dans la boutique, et si vous voulez d’abord apprendre à bien les préparer, j’ai écrit un article sur l’infusion, la décoction et la macération.

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Chaque personne est différente, et un article ne remplacera jamais un échange. Si vous voulez un conseil adapté à vous, écrivez-moi ou prenons rendez-vous.