Comprendre les plantes

La gemmothérapie expliquée simplement : pourquoi les bourgeons ?

Un bourgeon contient en concentré tout ce que l'arbre va devenir. C'est ce qui rend la gemmothérapie si particulière — et si efficace sur le fond.

Par Christine Lorenzini-Le Bel, herboriste à Rognac Publié le 5 min de lecture
Bourgeons de printemps sur une branche, photographiés en gros plan

C’est la discipline dont on me parle le moins, et pourtant celle qui intrigue le plus quand je l’explique. « Vous faites des macérats de quoi ? De bourgeons ? »

Oui. Et il y a une vraie logique derrière.

L’idée de départ

Un bourgeon, c’est un embryon végétal. Tout y est déjà contenu à l’état potentiel : la feuille, la fleur, le rameau, l’écorce. C’est un tissu en pleine multiplication cellulaire, où la plante concentre au même endroit ce qu’elle va déployer sur toute une saison.

Sur le plan de la composition, cela se traduit par une richesse particulière en acides nucléiques, en facteurs de croissance végétaux, en minéraux et en oligo-éléments — des éléments qu’on ne retrouve plus dans la feuille adulte, ou en quantité bien moindre.

La gemmothérapie, formalisée dans les années 1950 par le docteur belge Pol Henry, part de là : utiliser le tissu embryonnaire plutôt que la plante achevée. Soixante-dix ans de pratique plus tard, c’est devenu une approche de fond à part entière, avec ses protocoles et ses repères.

Ce qu’est concrètement un macérat de bourgeons

On récolte les bourgeons frais, au moment précis où ils gonflent — une fenêtre de quelques jours au printemps, parfois moins. Puis on les met à macérer dans un mélange de solvants naturels : de l’eau, de la glycérine végétale, et selon les préparations un peu d’alcool.

Ce trio n’est pas un caprice. Chacun extrait une famille de molécules différente : l’eau capte les sels minéraux et les sucres, l’alcool les composés aromatiques et les flavonoïdes, la glycérine les substances qui ne se dissolvent ni dans l’un ni dans l’autre. À eux trois, ils prennent tout.

Après trois semaines, on filtre, on presse, et on obtient le macérat-mère.

Concentré ou dilué : la question qui embrouille tout le monde

Vous verrez deux étiquettes en rayon, et c’est la principale source de confusion.

Les deux sont valables. Mais si vous prenez 50 gouttes d’un concentré en croyant tenir un dilué, vous prenez dix fois la dose. Regardez toujours l’étiquette, et le nombre de gouttes conseillé.

Les bourgeons que j’utilise le plus

Bourgeon Traditionnellement associé à
Cassis (Ribes nigrum) Le grand polyvalent, souvent le premier proposé ; soutien du terrain général
Figuier (Ficus carica) La sphère digestive et nerveuse, le lien entre les deux
Bouleau (Betula pubescens) Le drainage, les changements de saison
Aubépine (Crataegus) Le rythme, la détente, le sommeil agité
Églantier (Rosa canina) L’enfant, les épisodes hivernaux à répétition
Noyer (Juglans regia) La flore intestinale, la peau

Si je ne devais en garder qu’un, ce serait le cassis. C’est celui que je propose le plus souvent en première intention, et il s’associe bien à presque tous les autres.

Comment on le prend

Le geste est simple : les gouttes dans un fond d’eau, en dehors des repas, idéalement une quinzaine de minutes avant. On peut garder quelques secondes en bouche avant d’avaler : une partie passe par la muqueuse.

Sur la durée, je travaille en cures de trois semaines suivies d’une semaine de pause, renouvelables. Pour un accompagnement de fond, on compte souvent deux à trois mois.

Et on commence petit. Je démarre volontiers à 5 gouttes pour un concentré, quitte à monter ensuite. Un macérat de bourgeons agit lentement mais profondément : c’est exactement ce qu’on lui demande, et c’est pour cela qu’il faut lui laisser le temps.

Enfants, grossesse : les macérats sans alcool

C’est une question qui revient souvent, et la réponse est plus ouverte qu’on ne le croit.

La plupart des macérats vendus dans le commerce contiennent de l’alcool, ce qui les écarte pour les tout-petits, pendant la grossesse ou l’allaitement, et pour toute personne qui évite l’alcool. Mais ce n’est pas une fatalité : il existe des macérats préparés sans alcool, sur base d’eau et de glycérine végétale.

C’est ce que je prépare moi-même à l’atelier quand la situation le demande. Le goût est doux, légèrement sucré par la glycérine — les enfants les prennent sans faire d’histoires. C’est l’un des avantages de fabriquer soi-même plutôt que de revendre des flacons tout faits : je peux adapter la base à la personne qui est en face de moi.

Les points à vérifier quand mêmeLe bourgeon de cassis est à éviter en cas d’hypertension non suivie. Et si vous prenez un traitement en cours, dites-le-moi : certaines associations se vérifient avant de se lancer. C’est le genre de chose qu’on règle en cinq minutes de discussion.

Pour qui c’est intéressant

Pour les gens qui n’aiment pas les tisanes — et il y en a. Quelques gouttes dans un verre d’eau, c’est autrement plus simple qu’une théière deux fois par jour.

Pour les accompagnements de fond, aussi, où l’on cherche un effet installé sur plusieurs semaines plutôt qu’un soulagement immédiat. C’est là que la gemmothérapie donne le meilleur d’elle-même.

Je prépare une partie de mes macérats moi-même, à partir de bourgeons récoltés au bon moment, et je complète avec des macérats de laboratoires dont je connais les protocoles. Vous pouvez voir ce que j’ai en ce moment sur ma page gemmothérapie ou dans la boutique.

Et si vous hésitez entre tisane, macérat et huile essentielle pour votre situation — c’est exactement le genre de chose qu’on démêle en quinze minutes de discussion. Écrivez-moi.

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