Comprendre les plantes

Herboriste, naturopathe, phytothérapeute : qui fait quoi ?

Trois mots qu'on emploie souvent l'un pour l'autre, alors qu'ils ne recouvrent pas du tout le même métier. Voici comment je situe le mien, sans faux-semblant.

Par Christine Lorenzini-Le Bel, herboriste à Rognac Publié le 4 min de lecture
Bocaux de plantes séchées étiquetés à la main sur une étagère en bois

« Vous êtes naturopathe, c’est ça ? » On me le demande une fois par semaine. Et je comprends la confusion : ces métiers se recoupent, les frontières bougent, et en France le cadre juridique n’aide pas.

Je préfère répondre clairement, parce que savoir à qui on s’adresse fait partie du soin.

D’abord, un point qui surprend : le diplôme d’herboriste n’existe plus

Il a existé. Le certificat d’herboriste a été créé en 1803 et supprimé en 1941, sous le régime de Vichy, au profit du monopole pharmaceutique. Les derniers diplômés ont pu exercer jusqu’à leur retraite, et le métier s’est éteint administrativement.

Depuis, la profession n’est plus reconnue en France. Aucun titre officiel, aucune inscription à un ordre. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne se forme pas — seulement que la formation se fait dans des écoles privées, et qu’il faut regarder laquelle.

Concrètement, 148 plantes seulement sont sorties du monopole pharmaceutique et peuvent être vendues librement. Toutes les autres restent réservées aux pharmaciens. C’est le cadre dans lequel je travaille, et je m’y tiens.

L’herboriste : les plantes, d’abord

Mon métier tourne autour de la plante elle-même. La reconnaître, savoir d’où elle vient, comment elle a été séchée, ce qu’elle contient, comment on la prépare, avec quoi elle s’associe et avec quoi elle ne s’associe surtout pas.

Ce que je fais au quotidien :

Ce que je ne fais pas : poser un diagnostic, nommer une maladie, modifier un traitement. Ce n’est pas de la prudence de façade, c’est la ligne. Un herboriste qui vous dit ce que vous avez sort de son rôle.

Le naturopathe : l’hygiène de vie, globalement

Le naturopathe travaille sur l’ensemble du mode de vie : alimentation, sommeil, activité physique, gestion du stress, respiration. Les plantes ne sont qu’un outil parmi d’autres dans sa trousse.

Un bon naturopathe passe souvent beaucoup de temps sur l’assiette et le rythme de vie avant même de parler d’un complément. C’est une approche plus large que la mienne, et complémentaire — je travaille très bien avec plusieurs d’entre eux.

La formation, là aussi, relève d’écoles privées : la profession n’est pas réglementée en France, contrairement à l’Allemagne par exemple.

Le phytothérapeute : souvent un professionnel de santé

C’est le terme le plus ambigu des trois, parce qu’il désigne deux réalités très différentes.

Dans son sens strict, un phytothérapeute est un médecin ou un pharmacien qui a suivi un diplôme universitaire de phytothérapie. Il peut alors prescrire des plantes en connaissant vos antécédents et vos traitements, avec tout ce que cela permet : dosages précis, plantes soumises au monopole, suivi médical réel.

Dans son usage courant, le mot est aussi employé par des praticiens non médecins formés en école privée. D’où la confusion.

Le repère est simple : demandez. Un professionnel de santé le dit sans détour, et cela change ce qu’il peut faire pour vous.

Un tableau pour s’y retrouver

Herboriste Naturopathe Phytothérapeute (médecin)
Statut en France Non reconnu Non reconnu Professionnel de santé
Centre du travail La plante L’hygiène de vie La prescription
Peut diagnostiquer Non Non Oui
Prépare lui-même Souvent Rarement Non
Remboursement Non Parfois via mutuelle Consultation possible

Ma formation, puisque c’est une question légitime

Je me suis formée à l’École Lyonnaise des Plantes Médicinales, l’une des rares écoles françaises sérieuses sur le sujet, et je continue à me former — la botanique et la pharmacologie des plantes ne s’arrêtent jamais d’évoluer.

Je trouve normal qu’on me pose la question. Dans un métier sans ordre professionnel ni diplôme d’État, la transparence sur sa formation est le minimum qu’on doive à quelqu’un qui va suivre nos conseils.

Le seul point vraiment importantAucun de ces trois métiers, y compris le médecin phytothérapeute, ne remplace votre médecin traitant pour un diagnostic. Une plante accompagne, elle ne soigne pas une maladie. Si un praticien vous propose d’arrêter un traitement en cours, quittez la pièce.

Alors, qui aller voir ?

Si votre question porte sur une plante précise — laquelle, comment la préparer, est-ce compatible avec ce que je prends — c’est mon domaine.

Si elle porte sur votre mode de vie dans son ensemble, un naturopathe sera plus à sa place.

Si vous avez une pathologie identifiée et que vous voulez intégrer les plantes à votre prise en charge, cherchez un médecin ou un pharmacien titulaire du DU de phytothérapie.

Et rien n’empêche de combiner. La plupart des gens que je reçois à Rognac ont un médecin traitant, et c’est très bien ainsi : je travaille à côté, jamais contre.

Si vous voulez savoir comment se passe concrètement un rendez-vous chez moi, tout est décrit sur ma page phytothérapie, et vous pouvez m’écrire pour me poser une question avant de venir.

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