Comprendre les plantes

Plantes et médicaments : ce que je vérifie avant de composer

« C'est naturel, donc c'est sans risque » est la phrase qui m'inquiète le plus. Voici les interactions que je cherche systématiquement, et pourquoi je demande vos ordonnances.

Par Christine Lorenzini-Le Bel, herboriste à Rognac Publié le 5 min de lecture
Étagère de bocaux de plantes médicinales étiquetés dans l'atelier de Rognac

Il y a une phrase que j’entends souvent et qui me fait toujours lever la tête : « de toute façon c’est naturel, ça ne peut pas faire de mal ».

Si. Une plante qui contient des molécules actives — et c’est bien pour ça qu’on l’utilise — peut modifier la façon dont votre corps traite un médicament. L’accélérer, le ralentir, en renforcer un effet. Ce n’est pas un détail théorique : c’est la raison pour laquelle je demande toujours la liste complète de ce que vous prenez.

Comment ça se passe, concrètement

Deux mécanismes principaux, sans entrer dans la pharmacologie.

Le premier : la plante accélère ou ralentit l’élimination du médicament par le foie. Résultat, le traitement devient moins efficace, ou au contraire s’accumule. C’est le mécanisme du millepertuis.

Le second : la plante va dans le même sens que le médicament, et les effets s’additionnent. Une plante sédative par-dessus un somnifère, une plante fluidifiante par-dessus un anticoagulant.

Les situations où je suis la plus stricte

Les anticoagulants

C’est ma priorité absolue. Si vous prenez un anti-vitamine K ou un anticoagulant direct, plusieurs plantes très banales posent problème : le ginkgo, l’ail en concentré, le curcuma à forte dose, la reine-des-prés et le saule, tous deux riches en salicylés.

À l’inverse, les plantes très riches en vitamine K — ortie, luzerne — vont dans l’autre sens et peuvent diminuer l’effet du traitement. Dans les deux cas, on ne bricole pas.

Les traitements thyroïdiens

Le fucus et les algues en général apportent de l’iode et peuvent perturber l’équilibre d’un traitement. L’ashwagandha, souvent conseillée pour le stress, est à écarter en cas de trouble thyroïdien. Et l’absorption de la lévothyroxine est sensible à ce qu’on prend en même temps : on espace toujours d’au moins deux heures.

La contraception orale

Le millepertuis peut diminuer l’efficacité d’une pilule contraceptive. Ce n’est pas une précaution de principe, c’est documenté, et les conséquences sont concrètes. Je ne conseille jamais cette plante sans avoir posé la question.

Les antidépresseurs

Le millepertuis encore, en association avec un antidépresseur, expose à un risque réel. Et plus largement, les plantes sédatives ajoutées à un traitement psychotrope demandent un avis médical, pas un avis d’herboriste.

Le diabète et l’hypertension

Certaines plantes traditionnellement employées pour le confort glycémique peuvent renforcer l’effet d’un traitement et faire descendre plus bas que prévu. Même logique côté tension avec la réglisse, qui elle la fait monter, et le romarin, déconseillé en cas d’hypertension.

Le pamplemousse, hors sujet mais parlantLe jus de pamplemousse interagit avec plus de quatre-vingts médicaments. Personne ne le considère comme un produit à risque, et pourtant. C’est l’exemple que je donne toujours quand on me dit que « naturel » veut dire « neutre ».

Ce que je fais en consultation

Je demande la liste écrite. Pas de mémoire, pas d’approximation : les ordonnances, ou une photo des boîtes. C’est le meilleur service que vous puissiez me rendre, et ça prend deux minutes.

Je note aussi les compléments alimentaires, que les gens oublient systématiquement de mentionner — ce ne sont pourtant pas des bonbons.

Ensuite je vérifie, plante par plante. Et quand il y a un doute, je fais deux choses : je change de plante, ou je vous renvoie vers votre médecin ou votre pharmacien. Un pharmacien a accès à des bases d’interactions que je n’ai pas, et il connaît votre dossier. Ce n’est pas un aveu de faiblesse de ma part, c’est la façon correcte de travailler.

Ce que je ne fais jamais

Je ne dis jamais d’arrêter, de diminuer ou d’espacer un traitement. Jamais. Ce n’est pas mon rôle, je n’en ai pas le droit, et je n’en ai pas la compétence.

Si un praticien vous propose d’arrêter un médicament pour le remplacer par des plantes, quittez la pièce. C’est le signal le plus clair qu’on puisse avoir.

Ce que vous pouvez faire de votre côté

Cela ne doit pas faire peur

Je ne veux pas donner l’impression que les plantes sont dangereuses. Dans l’immense majorité des cas, tout se passe très bien — précisément parce qu’on a vérifié avant.

C’est ça, la différence entre acheter un sachet au hasard et en parler avec quelqu’un qui prend le temps de regarder votre situation. Si vous voulez qu’on le fasse, je reçois sur rendez-vous à Rognac : écrivez-moi, et venez avec vos ordonnances.

Pour comprendre ce que recouvre exactement mon métier — et ce qu’il ne recouvre pas — j’ai écrit cet article sur les différences entre herboriste, naturopathe et phytothérapeute.

Une question sur votre situation ?

Chaque personne est différente, et un article ne remplacera jamais un échange. Si vous voulez un conseil adapté à vous, écrivez-moi ou prenons rendez-vous.